Xavier Grosclaude, le 27 juin 2018

Loin d’être imprévisible, Donald Trump devient de plus en plus prévisible. Ce « serial dealer » adepte du rapport de force sait jouer à la perfection de la transgression et de la sidération pour s’imposer y compris de manière négative.

Qu’on se le dise, le Président des États-Unis d’Amérique ne cherchera jamais à plaire aux dirigeants européens mais seulement à habiller le réel autour de sa seule personne, sur la base de son propre agenda.

La transgression, une culture trumpienne.

Toute la vie de Donald Trump est marquée du sceau de la transgression. Il lui doit ses échecs mais surtout ses succès. S’il sait mieux que quiconque indisposer ses interlocuteurs pour réduire leur bien-être physique et psychologique à néant, il sait aussi se montrer bienveillant le temps nécessaire pour les endormir…

Son intelligence est intrinsèquement situationnelle avec pour seule boussole l’objectif du moment dont la réalisation se doit impérativement d’éclairer sa seule personne, égocentrisme oblige.

Par ailleurs, il va falloir s’y habituer mais le rapport de Donald Trump à la réalité est un rapport structurellement distant dans la mesure où elle n’a pas pour essence de servir ses intérêts. La seule réalité avec laquelle il aime composer est celle qui lui permet d’introduire un rapport de force en sa faveur. Quant cette dernière fait défaut, le Président des États-Unis d’Amérique ne voit aucun inconvénient à l’inventer.

Donald Trump, à l’instar de Vladimir Poutine, aime le monde enchanté de la « réalité transformée », un monde dans lequel la véracité des faits importe moins que la désinformation et la saturation de l’espace médiatique. En événementialisant le moindre de ses tweets, il sait parfaitement être non pas « au cœur » mais « le » cœur de l’actualité.

Au Canada pour le G7, comme en Corée du Nord avec son ami Kim , Donald Trump a su communiquer, dans un cas négativement, dans l’autre positivement, en maximisant la forme sur le fond. C’est suffisant pour garder ses partisans mobilisés (pour la prochaine campagne présidentielle…) et exister sur la scène internationale comme un leader incontournable.

La sidération, une arme de déstabilisation massive.

D’un point de vue médical, la sidération est définie comme « un anéantissement soudain des fonctions vitales avec état de mort apparente sous l'effet d'un violent choc émotionnel ». Sans aller à cette extrémité, Donald Trump sait pratiquer la sidération pour reprendre la main sur tout sujet qui lui échappe. Il fait penser à ses managers qui vous invitent, avec un grand sourire, à prendre un café dans leur bureau pour vous annoncer sans ménagement votre futur licenciement.

<>Donald Trump aime manifestement la violence de la sidération mais aussi le sentiment de puissance qu’elle procure. Appliqué aux relations internationales, ce goût pour la sidération présente le double avantage de neutraliser toute réaction collective tout en donnant des marges de manœuvre à son auteur. Le Président Russe, Vladimir Poutine a su en faire usage pour annexer la Crimée en violation de la souveraineté ukrainienne.

Dans le cas du Président des États-Unis, le recours à la sidération dans la sphère diplomatique traduit son profond mépris du multilatéralisme en général et du consensus en particulier sachant que l’« autre » est toujours fautif. Sa monoculture du « deal » importée du monde des affaires l’invite à privilégier le secret des dialogues bilatéraux.

Cette pratique des relations internationales contraire à la culture développée en Europe va vite devenir problématique pour les dirigeants de l’Union européenne car outre l’instabilité chronique qu’elle génère, elle ne leur confère aucune visibilité. De facto, ces derniers ne vont pas avoir d’autre choix que de rester unis pour composer a minima, au cas par cas, avec un allié qui entend défendre ses seuls intérêts à la lumière du seul ROI américain…

 

Xavier Grosclaude est Délégué Général de Fenêtre sur l’Europe
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